Abû Yûsuf Ya’qûb, Kitâb al-Kharâj (Livre de l’Impôt), Extraits traitant du statut fiscal des Taghlib, v. 790 n-è

66-7 : Jiziya

Si les Gens du Livre sont issus des Arabes, et qu’ils sont dans les résidences des non-arabes, accepte d’eux la Jiziya comme ‘Umar avait doublé la çadaqa sur les Banî Taghlib au lieu du Kharâj, et comme le fixa l’Apôtre de Dieu sur chaque Hâlim (?) un dînâr, ou bien comme l’a régulé Ma‘âfirî (?) aux Gens du Yemen ; et ceci est pour nous comme les Gens du Livre, et comme en ont convenu les Gens de Najrân pour leur rançon (Fidiya).

75 : Kharâj

Ceci est la résolution appelée obligation (Wâjiba) sur leurs terres et sur la Jiziya de leurs Têtes, à soustraire sur les têtes des hommes qui ne se sont pas soumis/convertis, et sur toute terre des Terres de Najrân, et même si l’un d’eux a vendu (sic : acheté) sa terre à un Muslim ou à un Dhimmî ou à un Taghlibite.

120-122 : Partie sur les causes des chrétiens Banî Taghlib et des divers Gens de la Dhimma et ce qu’on doit faire d’eux

J’ai interrogé, ô commandeur des croyants, sur les chrétiens Banî Taghlib, et si on a doublé la Cadaqa sur leurs Biens et aboli la Jiziya sur leurs têtes.

Si l’on doit appliquer à l’ensemble des Gens de la Dhimma la Jiziya sur les Têtes et le Kharâj, et le Libâs, et la Cadaqa et le ‘Ashûr.

[242] Des anciens=>As-SafâH=>Dâwud b. Kardûs=>‘Ibâda b. Nu‘mân at-Taghlibî ; Il déclara à ‘Umar b. al-Khattâb : « Ô Commandeur des Croyants […] « Ô Commandeur des Croyants, les Banî Taghlib sont de ceux qui ont appris leur shûka et s’ils sont face à l’ennemi et que l’ennemi se manifeste à toi et que tu renforces leur subsistance, alors si tu avisais de leur donner quelque chose, alors fais-le ! »

Alors, ‘Umar leur fit une convention (CâlaH-) stipulant qu’ils ne conduisent aucun de leurs enfants dans le christianisme et doubla leur Cadaqa ; et ‘Ibada déclara :

« Ils le firent et il n’avaient aucun pacte (‘Ahd) »

Il a aboli la Jiziya sur leurs Têtes. Ainsi, tout chrétien des Banî Taghlib possède du petit bétail (Ghanm Sa’ima), on n’en prend rien jusqu’à 40 bêtes (Shâ(t)) et si on dépasse 40 sa’ima, alors on en prend 2 Shât, jusqu’à 120, et on ajoute alors 1 shâ(t) et on en prend 4 des moutons (Ghanm). Et c’est sur ce compte qu’on prend leur Cadaqa.

De même pour le grand bétail (baqr wa-l-Ibl) si le Muslim doit quelque chose alors le chrétiens Taghlibite doit la même chose, mais deux fois, et leurs femmes comme leurs hommes dans la Cadaqa.

On ne prend rien du jeune garçon.

De même pour leurs terres qui seraient dans leurs mains le jour où ils firent le pacte, on en prend le double de ce qu’on prend à un Muslim.

Quant au garçon et à l’idiot, les Gens de l’Iraq considèrent qu’on prend le double de la Cadaqa de sa Terre mais qu’on ne prend rien de son bétail, les gens du Hijâz disent qu’on prend aussi de son bétail, la manière (sabîl) de ceci est la manière du Kharâj, car c’est en place de Jiziya, et rien du reste de ses biens et de ses esclaves (raqîq).

 [243] Abû Hanîfa m’a raconté, dans son récit de ‘Umar b. al-Khattâb qu’il doubla la Cadaqa sur les Banî Taghlib plutôt que de (leur imposer) le Kharâj.

 [244] Ismâ‘îl b. Ibrâhîm b. al-Muhâjir =>son père=>Ziyâd b. Hadîr :

Le premier qui fut envoyé chez eux, par ‘Umar b. al-Khattâb pour le ‘Ashûr, c’est moi ! Il m’ordonna de n’inspecter personne et de passer quoi que ce soit, je pris sur 40 dirhâm un dirham des Muslimîn et je pris des Gens de la Dhimma, de 20, un, et de quiconque n’avait aucune protection (Dhimma) sur lui, le ‘Ushr (Dixième). Il m’ordonna aussi de grossir pour les Chrétiens Banî Taghlib, car ils sont un peuple des Arabes, et ne sont pas des Gens du Livre, afin qu’ils se soumettent/se convertissent. ‘Umar prescrivit pour les chrétiens Banî Taghlib qu’ils ne christianisent point leurs enfants.

Toute Terre qui serait une terre de ‘Ushr, si un chrétien Taghlibite l’achetait, on y doublerait le ‘Ushr, comme on la leur doublerait sur les biens qu’ils mutent par commerces.

Sur toute chose où Muslim doit Un, le chrétien Taghlibite en doit Deux.

Si elle est achetée par un homme des Gens de la Dhimma_exception faire des chrétiens Banî Taghlib_une terre de la terre de ‘Ushr, alors, Abû Hanîfa a déclaré : “Impose sur celle-ci le Kharâj puis ne change rien à ce sujet.”

S’il l’a vendu (sic : acheté) d’un musulman du fait qu’il n’y a nulle Zakât sur un Dhimmî_et le ‘Ushr est une Zakât_alors change la en Kharâj et je dis qu’on y impose le ‘Ushr doublé, et ce sera son Kharâj, et si elle retourne à un Muslim par achat ou que le chrétien ne se soumette, rend la au ‘Ushr qui pesait sur elle à l’origine.

 [245] Certains Anciens=>al-Hasan et ‘Atâ’

« A ce sujet, un ‘Ushr doublé ! »

Et le propos de al-Hasan et de ‘Atâ’ est meilleur de mon point de vue que le propos de Abû Hanîfa.

Ne vois-tu pas que si le Bien est au Muslim, par commerce, et qu’il passe par lui au Dixième (‘Âshir) et qu’on l’impose d’un quart de Dixième et si un Dhimmi l’achète, alors on passe par lui au Dixième par commerce et on l’impose du Demi Dixième, le double de ce qu’on impose à un Muslim, et s’il repasse à un Muslim, alors on l’impose à nouveau à un Quart de ‘Ushr. Ce bien est unique, son statut diffère en fonction de celui qui le possède et idem pour la terre qui est une terre de ‘Ushr.

Ne vois-tu pas si un Dhimmî achetais un terre de la Terre des Arabes où ne s’est jamais trouvé de Kharâj, comme à la Mekke ou Medine, ou partout où c’est semblable, où on n’impose aucun Kharâj ? Pourrait-on imposer le Kharâj sur le Haram ?

Mais, si on double sa Cadaqa comme on double l’imposition de ses biens qui ont mutés par commerce, alors celui qui se soumet/se convertit alors sa terre est une terre de ‘Ushr car on ne lui impose aucun Kharâj !

[…]

Partie : Sur qui impose-t-on la Jiziya

La Jiziya et obligatoire sur l’ensemble des Gens de la Dhimma, qu’ils soient dans le Sawâd ou ailleurs, des gens de Hîra et des divers pays, des Juifs, Chrétiens, Mazdéens, Sabéens et Samaritains à l’exception propre des Chrétiens Banî Taghlib et des Gens de Najrân !

On impose la Jizya sur les hommes parmi eux sauf les femmes et les enfants ; sur le riche 48 dirham, sur le moyen, 24, et sur le nécessiteux, laboureur et manouvrier, 12 dirhams ; on leur prélève cela chaque année.

[…]

124 :

Tout ce qu’on prélève des Gens de la Dhimma des Biens qu’ils ont aliénés par commerce et de ce qui est entré chez nous par Amân et de ce qu’ont des Gens de Dhimma comme terres de ‘Ushr venues en leurs mains, et toute chose qu’on prend du bétail des Chrétiens Banî Taghlib ; on en prélève ce qui leur est imposé dans leur Domaine, et la manière en cette collecte est comme la manière du Kharâj, on le soustrait comme on soustrait le Kharâj et non pas comme dans la soustraction de la Cadaqa ni comme les situations du Khums qu’a instauré Dieu dans la Cadaqa un jugement de sa part, et la part du Khums une soustraction qui reste sur elle et n’est pas aux gens qu’il outrepasse cela ou qu’il l’excède !

134-136 : 

Et de ce qui n’est pas du Biens de commerce et qu’ils ont passés comme Dixième (‘Âshir), on n’en prélève rien.

Et si les Gens de la Dhimma passent comme Dixième de l’Alcool ou des porcs, estime-le pour les Gens de la Dhimma ; les Gens de la Dhimma l’estiment puis on en prend une demi-Dîme (‘Ushr).

Et de même des Gens de la Guerre, s’ils passent les Porcs et les Alcools, alors cela ils l’estiment pour eux puis on en prélève la Dîme.

Et si le Muslim passe sur le Dixième par les ovins, ou les bovins ou les caprins : s’il a dit : Ceci n’est pas une « Sâ’ima », il en a juré, et s’il a juré, cela cesse ; et de même pour toute nourriture, on la lui passe.

S’il a dit : Il est de mon champs, et de même on lui passe la datte, et s’il dit : il est de la datte de mon palmier, alors il ne doit rien de cette dîme, car la dîme est en ce qui est acheté par commerce. De même pour le Dhimmî ; et même du « Harbî », on ne l’accepte pas ceci de lui.

Et on décime le Dhimmî Taghlibî et le Dhimmî des Gens de Najrân comme les divers Gens de la Dhimma des Gens du Livre à qui on prend une demi-Dîme.

Et pour ceci, au Mazdéen et au Païen, c’est égal.

Et si le Commerçant est passé par la Décime par Numéraire (Mâl) ou par Biens (Mutâ‘) : S’il a appliqué sa Zakât et a juré de cela, ceci on l’accepte de lui, et on se suffit de ceci.

Et on n’accepte pas cela du Dhimmî ou du Harbî car ils n’y nulle Zakât sur eux, ils déclarent et nous appliquons

[…]

‘Umar b. al-Khattab a établi la Décime (‘Ashûr), et il n’y a nul tort de la prélever si on ne l’excède point sur les gens et qu’on ne prenne plus que ce qui leur est dû !

Et tout ce qu’on prélève des Muslims comme ‘Ashûr, sa manière est la manière de la Cadaqa ; et la manière dont on prélève des Gens de la Dhimma collectivement et des Gens de la Guerre est la manière du Kharâj.

Et de même ce qu’on prélève des Gens de la Dhimma collectivement de la Jiziya sur leurs Têtes et de ce qu’on prend du bétail des Banî Taghlib, la manière de tout ceci est la manière du Kharâj, on le partage comme on partage le Kharâj.

Et ce n’est point comme la Cadaqa ; Dieu a instauré en la Cadaqa une sentence, sa part, et elle est sur cela, et il a instauré dans la Khums une sentence, et il est sur cela ; et cet aspect sur qui est la Cadaqa du bétail et du capital ; et sur cette affaire qui est chez nous ; et Dieu sait mieux !

[274] Ismâ‘îl b. Ibrâhîm b. Muhâjir=>Abû Yudhkar=>Ziyâd b. Hadîr

La premier qui fut envoyé par ‘Umar b. al-Khattâb pour la Décime, ce fut moi-même !

Il m’a ordonné de ne contrôler personne, et quoi que ce soit qui passe, j’ai prélevé de chaque 40 dirham 1 dirham des Muslims, et des Gens de la Dhimma, de chaque 20, un ; et de ceux qui n’ont nulle protection (dhimma) : la dîme (‘Ushr).

Et il m’a ordonné d’augmenter les chrétiens Banî Taghlib, car il a dit : « Ce sont un peuple des arabes, et ils ne sont point des Gens du Livre, ils sont tenus de se soumettre/se convertir ! » Et ‘Umar établit comme clause aux chrétiens Banî Taghlib qu’ils  ne christianisent point leurs fils !

[…]

[278] As-Sarî b. Ismâ‘îl=>’Âmir ash-Sha‘bî=>Ziyâd b. Hadîr al-Asadî

‘Umar b. al-Khattâb l’envoya pour le ‘Ashûr de l’Iraq et du Shâm et lui ordonna de prendre des Muslims un Quart de Dîme (‘Ushr), et des Gens de la Dhimma une demi-dîme, et des Gens de la Guerre la dîme, un homme des Banî Taghlib parmi les chrétiens arabes est passé le voir et avec lui 20 000 chevaux de son peuple.

« Donne-moi les chevaux et prend moi 19 000 ou bien garde les chevaux et donne m’en 1000 ! »

Alors il lui donna 1000 et garda les chevaux.

« Puis il passa en revenant vers lui dans l’année et lui dit : « Donnes-m’en 1000 autres ! »

-A chaque fois que je passerais chez toi tu m’en prendras 1000 ?

-Oui »

Le Taghlibite revint vers ‘Umar b. al-Khattâb et l’accompagna et il était dans une maison, et le sollicita :

« Qui es-tu ?

-Un homme des chrétiens arabes », et il lui fit le récit de son anecdote.

‘Umar lui-dit :

« Il suffit, il ne faut point ajouter à cela ! »

Puis le Taghlibî revint auprès de Ziyâd b. Hadîr, et il s’imposa à lui-même de lui en donner 1000 autres. Puis il trouva que l’écrit de ‘Umar l’avait précédé :

« A celui qui passe chez toi, si on lui a prélevé la Cadaqa, alors ne prend rien de lui, jusqu’au jour identique à l’admission ! A moins que tu ne trouves mieux ! »

L’homme déclara :

« Par Dieu ! C’était pour moi une bonne œuvre que de t’en donner 1000 ! Et j’atteste de Dieu que j’ai aboli le christianisme et que j’ai (adopté) la Dîn de l’homme qui t’a écrit cet Ecrit ! »

146 :

Sur la vérité par Abû ‘Ubayda, pendant que l’écrit arrivait à Abû ‘Ubayda, il le prolongeait, il se dirigea depuis Hîra avec ses huissiers et de ‘Ayn Tamr jusqu’à franchir le Mafâwuz, lorsqu’il l’eut franchi, il se trouvait dans le pays des Banî Taghlib, et il en tua un grand peuple et fit des captifs, puis se retira du pays des Banî Taghlib, et il enleva avec lui les huissieurs de ses gens jusqu’à rallier ses Naqîb et ses Kawîl et il en rencontra un si grand nombre qu’il n’en avait pas vu autant à part des Gens du Yamâma. Ils s’affrontèrent en un violent combat jusqu’à ce que Khâlid en tue beaucoup de ses mains et fonde sur les villages des environs et prenne leurs biens et tout ce qu’ils avaient et les assiègent !