Burkhardt, Exploration de la Syrie, v. 1812

Description du désert du voisinage de Damas vers l’Euphrate. 


Du Wadî Sirhân vers le N et N-E, tout le désert est appelé Al-Hammâd, jusqu’à ce qu’il atteigne le rivage de l’Euphrate, dont la large vallée est appelée par les Arabes ‘Uaraq (Irak). Ce nom n’est donc pas exclusivement appliquée à la Jazîra entre le Tigre et l’Euphrate, mais (dans l’acception du mot Bédouins du moins), à la contrée fertile mais aussi entre le désert et la rive droite du fleuve.

À la fin de la Ghûta ou Marj de Damas, commence le J Hawran, qui se dirge au S, vers le nord court le Ruak J ; Rwâq (vers Tedmor). La plaine intermédiaire, qui représente environ 1,5 journée de largeur, est appelée Ard As-Sayqal, ayant voyagé pendant 2 jours dans cette plaine, les montagnes du S. ne sont plus visibles, et une plaine aride s’étend devant le voyageur, qui peut, en fonction des chameaux être franchie en 7 à 10 jours. On ne rencontre d’eau, sur la route, qu’en hiver, lorsque l’eau de pluie s’accumule dans les terres basses (Ghâdir) […]. Après ces jours précités, on rencontre 1 haute colline isolée, qui est visible à 2 journées de distance. Les Arabes l’appellent J. Lahâ, elle se compose de terre de sable: il n’y a aucune sources à proximité. Du J. Lahâ descendent 2 wadys en direction de l’Euphrate, l’un appelé Wady Hawrân, commence à l’W de la colline, l’autre Wady Tabbal, sur son versant N. Ils courent dans une direction parallèle, jusqu’à ce qu’ils s’unissent dans le voisinage de l’Euphrate. Au N-W. du Lahâ, après 1 journée, se trouve un autre Wady, appelé Swân, qui prend la même direction que les 2 autres, et se joint à eux, près de leur embouchure. Dans le milieu du Tabbal, on trouve de l’eau de source. À l’E de Lahâ, à environ 3 jours de là, se trouve la terre appelée Qa‘ar, qui est de 4 ou 5 jours de circuit et se prolonge vers l’Euphrate. La dénivellation de cette plaine est de 200 ou 250m. Il y a 2 points d’eau, à une bonne journée l’un de l’autre; Râh, et Mulasâ. Il y a toujours quelque verdure dans la Qa‘ar, et quand les «’Anaza y passent, la tribu tout entière y campe. De Mulasâ, il reste 1 journée jusqu’à Gabasa, un pauvre village au N-E, d’où on rejoint la station de Hit, un village bien connu des rives de l’Euphrate.

Le J. Rwâql et le J Abiad (qui vient de l’ouest) rencontrent derrière Tedmor le J. Balâys qui continue sa course vers le N, sur 2 journées. Il y a de l’eau dans les villages.. Cette montagne à change de nom après 2 jours et devient le J.Bîshr et se termine après une journée de marche dans le Zûr, qui est aussi le nom de la large vallée de l’Euphrate, sur sa rive droite, à partir de Bîr jusqu’à ‘Ana et Hit. Il existe des sources dans le Bîshr, et les ruines de villages. Il produit aussi un arbre qui est d’environ 8 pieds de haut

-Les Turkmens de Halab-Antioche

La région habitée par les Türkmen Ryhanli commence à environ sept heures au nord-ouest de Halab,. La plaine intermédiaire est caillouteuse et presque déserte, bien que des zones anciennement cultivées y soient souvent perceptibles, ainsi qu’un grand nombre de villages en ruines.

A 5 heures de marche de Halab à l’W.N.W. sur la crête d’une colline, se trouvent des plantations d’oliviers et de figuiers, de l’autre côté de la colline se trouve une vallée ovale de dix-huit miles de circuit, appelée Khalaq; au pied des collines basses qui l’entourent, sont les villages suivants: Tarmina, Tallada, Hwasra, Tall Akbarûn, Bâb, Dana, et quelques autres.

Les fellahs de ces villages vivent à moitié dans les maisons ruinées, qui suggèrent l’opulence de leurs anciens possesseurs. Le sol de la plaine est une fine moisissure rouge, presque sans une pierre. En Mars, quand j’ai visité les Ryhanli, on y avait semé en blé, mais elle produit à une autre saison, le plus beau coton. Toute la plaine est la propriété de ‘Abbâs Effendi de Halab, l’héritier de çelebi Effendi, qui était en son temps le grand seigneur de Halab […] Après avoir traversé la plaine de la Khalaqa, et les collines rocheuses calcaires qui la bordent à l’ouest (un passage très pénible pour les chameaux), on rencontre les premières tentes Türkmens. Les Türkmens, qui préfèrent vivre sur les collines, dressent leurs tentes sur les pentes, et cultivent les vallées en deçà. Ces collines s’étendent vers le N.W. direction, sur plus de 40 miles, avec en leur milieu, le Jabal Sim‘ân. Leur largeur moyenne, y compris les nombreuses vallées qui les coupent, peut être estimée à 15 ou 20 miles. Ils se perdent dans la plaine d’Antioche, qui est délimitée sur le côté opposé par une chaîne de hautes montagnes, qui s’étend le long de la côte S du golfe d’Iskanderûn. La rivière ‘Afrîn draine les eaux de cette plaine ; son cours depuis les environs de Qillis jusqu’à son confluent dans le lac d’Antioche, est de 15 ou v20 heures.

Elle déborde régulièrement, mais modérément, au printemps, et est rempli de carpes, mais les Turkmens ne pratiquent pas la pêche. Outre le ‘Afrîn, il existe de nombreux petits cours d’eau et de sources, qui arrosent les vallées. La plus importante est la rivière de Gül, qui prend sa source près du campement türkmen du même nom, à environ 6 heures de Saint-Simon, au N-W. dans un petit lac[…]. Ce petit lac est si plein de poissons, que les enfants de Gül les tuent au jet de pierres. La rivière fait tourner plusieurs moulins à proximité de Gül et […]à un lieu-dit appelé Tahûn Qash, près de la maison d’hiver et du jardin du chef des Rîhanli, Mursal Oghlu Haydar Aga.

Sur la rive droite du ‘Afrin […] se trouvent deux sources d’eau chaude [sulfureuses…] donnant à mon thermomètre 102 ° (40°) […] Les Türkmen attribuent des pouvoirs médicinaux à ces sources, et le bain y est fort estimé : les femmes comme les hommes les utilisent contre les violents maux de tête, qui sont très répandus parmi eux. Les champs ders Türkmens sont semés de blé, d’orge, et de légumineuses. Leur blé est semé […] vers le 20 Février. Comme ils ne sont devenus agriculteurs que très récemment, ils n’ont pas encore de plantations d’arbres fruitiers, bien que l’olivier, le grenadier, ou la figure auraient certainement prospérer dans leurs vallées.

Il ya 30 ans les collines où ils habitent désormais étaient en partie couvertes de forêts, mais le commerce de bois de chauffe vers Halab les a entièrement consommé. À l’heure actuelle ils coupent le bois du marché de Halab dans les montagnes des Kurdes au N du ‘Afrîn, et quand cela ne peut omettre, Alep doit dépendre de son carburant sur la côte de Caramanie, d’où l’Égypte est désormais fourni. Les collines Türkmen sont peuplées de chacals, de loups, de renards, et j’y ai même aperçu des groupes de 20 ou 30 gazelles, […]. Les Türkmens se passionnent pour la chasse au vol[…].

La population des Ryhanli avoisine les 3000 tentes, chacune contenant de 2 à 15 habitants. […] Ils sont divisés en 13 tribus mineures : 1. Les Serigia-lar, ou de la tribu du chef des Turcomans Ryhanli, Haydar Aga, avec 500 cavaliers. 2. Les Kudanli, 600. 3. Les Shawsli, 200. 4. Les Lewkli, cent. 5. Les Kara Ahmetli 150. 6. Kara Solimanlu, 50. 7. Les Delikanli, six cents. 8. Turûn, 60. 9. Les Bahaderli, 100. 10. Les Hallalli, 60. 11. Les Karkan, 20. 12. Les Awçar, 20. 13. Les Okugu, 50.

[…]

Chaque tribu a son propre chef, dont le rang dans le Diwân est déterminé par la force de sa tribu ; Haydar Aga préside entre eux chaque fois qu’il est jugé nécessaire de convoquer un conseil commun. Son autorité sur les Ryhanli semble être presque absolue,[…] dans le Diwân, même contre l’avis et la volonté des chefs assemblés. Il règle les différends qui surviennent entre ces chefs, et qui sont souvent accompagnées par les incursions hostiles dans un autre du territoire. Les chefs statuent sur tous les différends entre leurs membres en fonction des faibles connaissances qu’ils possèdent de la législation turque, mais on peut appeler de leur sverdicts au tribunal du grand chef.

La tribu Ryhanli est tributaire de çapan Oghlu, le puissant gouverneur d’Anatolie orientale, qui réside à Yuzgat, et lui versent un tribut annuel de 6215 piastres en chevaux, bovins, etc. Il réclame également le droit de nommer aux places vacantes de chefs, mais son influence sur les Ryhanli a depuis beaucoup diminué et ce droit est devenu purement nominal. […] Lorsque le tribut pour çapan Oghlu est recueilli, Haydar Aga rend compte des dépenses engagées au cours de l’année passée pour le service public, tels que des présents aux officiers de la Porte ou aux étrangers de passage, etc. L’hommage, ainsi que les doléances de Hayder Aga, sont perçus par les tribus en fonction de la répartition des Agas mineurs, et chaque chef profite de l’occasion pour ajouter à la somme due, 400 ou 500 piastres comme revenu personnel. Les Türkmen ne paient pas de Miri, ou taxe foncière générale pour le Grand Seigneur. Les familles, si elles rejettent leur chef, passent régulièrement d’une tribu à une autre sans que personne n’ose le leur empêcher.

Le Ryhanli, comme la plupart des nations Türkmen, sont nomades et prennent leurs quartiers d’hiver dans la plaine d’Antioche à la fin Septembre, et s’en retirent vers la mi avril, quand les mouches commencent à tourmenter leurs bêtes. Ils se dirigent alors vers Marash, et restent dans cette région environ un mois, à partir de là, ils atteignent les montagnes de Gurun et Albustan. Les montagnes qu’ils occupent sont appelés Kökduli, Sungulu, et Kara Durûk,. Ici, ils passent les mois les plus chauds, en automne, ils repassent les plaines de Albostan, et revenir par le même chemin vers Antioche.

Les habitations d’hiver des Türkmens dans les districts montagneux sont […] sur le versant des collines, […] à l’abri des vents du N. Parfois, 5 ou 6 familles vivent ensemble sur un terrain, mais de nombreuses tentes nucléaires sont éparpillées à1 ou 2 miles de distance les unes des autres. En proportion des terres arables, dont les éléments contiennent des collines, ces quartiers sont plus peuplée que la plaine, où 1 millier de tentes sont éparpillées sur 500 miles carrés. La structure des habitations de ces nomades est évidemment très simple: un mur carré long de pierres sèches, environ 4 pieds de haut, est recouvert d’un drap noir en poil de chèvre, soutenu par une douzaine de piquets, de sorte que, au centre de la tente, celle-ci s’éleve d’environ à 9 pieds du sol. Un muret de pierre traverse la tente, depuis l’entrée: j’ai constaté que les femmes avaient de manière générale la plus grande moitié à gauche de la porte, […] et il ya aussi une partition pour l’écurie du cheval favori ; le reste des bêtes sont relégués aux cavernes, qui abondent dans ces collines calcaires, ou dans les petites cabanes construites tout exprès.

Outre ceux qui vivent dans les tentes, la plupart des Turkmen, en particulier dans la plaine, vivent dans des huttes de 15 pieds de haut, bâties et organisées comme les tentes, mais avec un toit de roseaux[…]. La pièce des femmes est aussi la cuisine, où elles travaillent à leurs métiers, et les étrangers n’y entrent jamais: à moins que, lorsque, comme je l’ai dit, les Türkmens désirent faire honneur à un hôte, et lui permettent de dormir dans le calme parmi les femmes. Le sol est couvert de tapis, qui servent de lits aux étrangers et aux célibataires de la famille; les gens mariés se retirent dans le Harem.

Les Türkmens ont aussi une sorte de tente portative en bois, comme une cage ronde, qu’elles couvrent de grands tapis de laine blanche. L’entrée peut être fermée par une petite porte, c’est l’habitation exclusive de ces dames, et ne se rencontre que dans les familles de grande propriété. La tente ou la cabane d’un T est toujours entouré de 3 ou 4 autres, pour les familles des Fellah qui cultivent ses terres. Ces fellahs sont les paysans qui squattent les villages abandonnés, ou quelque pauvres Kurdes épars. Les T pourvoient aux semences nécessaires, et reçoivent en retour la moitié du produit, qui est perçue par quelques-uns d’entre eux qui demeurent dans ce but dans les quartiers d’hiver toute l’année. Les fellahs vivent misérablement; chaque fois qu’ils sont en mesure d’amasser une somme dérisoire, leurs maîtres s’en prend à eux sous prétexte de l’emprunt; j’ai été invité par plusieurs d’entre eux à dîner avec le meilleur plat qu’ils pouvaient se permettre:de la mauvaise huile, du pain grossier, jamais de viande, sauf lorsqu’ils tuent une vache ou un bœuf vieilli […] la plus grande partie d’entre eux vivent littéralement au pain et à l’eau, ni fruits ni légumes n’y sont cultivés, ils sont néanmoins de bonne humeur ; les jeunes gens jouent, chantent et dansent, tous les soirs, et sont infiniment mieux trempés que leurs maîtres hautains.

Mon hôte, Muhammad ‘Ali, a commencé il y a quelques années de planter un petit jardin fruitier près de sa tente; son exemple sera probablement suivi, parce que les familles Ryhanl, à chaque nouvelle saison, plantent leurs tentes au même endroit. Cela fait seulement une 10aine d’années, que le Ryhanli se sont mis à la culture […]. L’agriculture a été introduite chez eux par la persuasion de Haydar Aga, dont la fille avait épousé un chef kurde voisin, une alliance a eu lieu, ce qui a donné droit aux T des avantages de la culture du sol. La principale richesse des T reste cependant les bovins.

Leurs chevaux sont inférieurs à ceux des Arabes du désert[…] le prix d’un bon cheval T à Halab est de 40 0 à 500 piastres, alors qu’on donnera 2 fois cette somme pour un Arabe […]. […]. J’ai entendu parler de quelques-uns qui sont en possession de bovins et d’espèces pour un montant de 150 000 piastres. Ces sommes sont acquises par le commerce à Halab et par l’usure entre eux.

Au moment de leur départ pour l’Arménie, les Ryhanli achètent bœufs et chameaux aux arabes, qu’ils échangent en Arménie contre une meilleure race de chameaux et d’autres races bovines, pour le marché de Halab. […] Le prix d’un chameau d’Arabie est d’environ 250 piastres, un Arménien deux fois plus. Les peuples d’Anatolie gardent des dromadaires mâles comme étalons pour couvrir les femelles de race arabe, que les T, chaque année apportent à leur marché ; mais reproduits entre eux, les chameaux arméniens produisent une race chétive et bon marché.

Les Arabes utilisent exclusivement leur petite race de chameaux, parce qu’ils endurent la chaleur, la soif et la fatigue, infiniment mieux que les autres, qui sont bien adaptés aux districts montagneux. Les chameaux T se nourrissent d’une espèce de ronce basse appelée Kufan […] ; le soir, ils descendent des montagnes et viennent au trot vers les tentes, où chaque chameau reçoit une boule de pâte de farine d’orge d’1 livre. […]

Les T ne boivent pas le lait de leurs chameaux, mais les utilisent uniquement comme bêtes de somme ; notamment pour fournire la ville en bois Kurde des montagnes du N-W qui n’ont pas de chameaux, et sont obligés de vendre leur bois à prix modique. Les T approvisionnent la ville en produits des champs, moutons et agneaux, laine, beurre et fromage de printemps, et une variété de tapis. Ils transportent les marchandises des commerçants Frank de Halab depuis Alexandrette. Les bénéfices résultants de ce commerce sont presque entièrement consommé par les besoins de leur famille en vêtements, café, sucreries, et divers articles orientaux.[…]

Le mode de vie des T est luxueux pour un peuple nomade. Leurs tentes sont pour la plus grande partie propre, le plancher dans la chambre des hommes est meublée d’un Diwân ou Swfa, laissant seulement un espace au centre, où un grand feu est entretenu pour faire du café, dont ils consomment une grande quantité. Leur tasses à café sont 3 fois plus grosses que celles couramment utilisés au Levant, […] chaque fois que le café est en cours, la tasse de chaque personne est remplie 2 ou 3 fois, quand j’étais avec eux, j’ai souvent bu 20 tasses ou plus en une journée. […]Leurs serviteurs le pilent dans de grands mortiers de bois, et manient le pilon avec tant d’adresse, que si 2 ou 3 frappent de concert, ils produisent un genre de musique qui semblait bien agréable à leurs maîtres.

Les T ne gouttent la chaire qu’en des occasions extraordinaires, comme un mariage ou une circoncision, une fête du Ramadan, ou l’arrivée d’hôtes. Leur repas quotidien est le Bulgûr; un plat de blé bouilli, puis séché au soleil ; le grain est recuit avec du beurre ou de l’huile, et offre un aliment potable, le plat favoris dans toute la Syrie. Outre le Bulgûr ils mangent du riz, des œufs, du miel, des fruits secs et du lait caillé, le Laban ou du lait de chèvre. Leur pain est une mince crêpe sans levain, que les femmes cuisent immédiatement avant le dîner sur une plaque de fer chaud, en moins d’1 minute. Le petit déjeuner est servi à 8 heures du matin, le repas principal a lieu immédiatement après le coucher du soleil. A table, les T sont précieux, en comparaison avec d’autres Levantins; au lieu de simplement utiliser ses doigts, le T tord son pain habilement pour en faire une cuiller, qu’il avale[…]. Je me souviens avoir été avec une douzaine d’entre eux autour d’un bassin de Laban, que nous finîmes en quelques instants sans que personne, excepté moi, n’eut souillé le moindre de ses doigts.

Les femmes T ne se cachent pas, même devant des étrangers, mais les filles entrent rarement dans la chambre des hommes, même s’ils sont autorisés à parler librement avec des invités de leur père. J’ai été très frappé par l’élégance de leurs formes et la régularité de leurs traits. Leur teint est aussi fin que celui des femmes européennes, bien qu’à mesure qu’elles avancent en âge le soleil les dore un peu. Quant à leurs mœurs, la chasteté est une vertu nécessaire, où même un baiser, est puni de mort par le père ou le frère[…]

Trois frères […] en passant par une vallée isolée, rencontrèrent leur sœur recevant d’innocentes caresses de son amant. Par une impulsion commune, tous 3 ont déchargés leurs armes à feu sur elle, et ont laissé leur victime tombée à terre, tandis que l’amant est sorti indemne, mon hôte Muhammad ‘Ali, après avoir été informé de l’assassinat envoya son serviteur pour ramener le corps à sa tente, afin d’empêcher les chacals de la dévorer: les femmes la déshabillèrent la lavèrent pour la mettre en terre, lorsqu’une respiration légère les informa que l’étincelle vitale n’était pas encore éteinte, la jeune fille a finalement récupéré.

Elle n’étais pas plus tôt hors de danger, que l’un des fils de ‘Ali se rendit à la tente de ses amis, les 3 frères, qui étaient assis, sombres et silencieux, autour du feu, en deuil de leur sœur. Le jeune homme entra, et les salua, et dit: « Je viens vous demander, au nom de mon père, pour le corps de votre sœur, ma famille veut l’enterrer. » Il avait à peine fini que les frères se dressèrent , en criant: « Si elle était morte, tu n’aurait pas demandé, tu aurais pris son corps sans notre permission. » Puis, saisissant leurs armes, ils se pressèrent hors de la tente, à la recherche de leur victime, mais le fils de MA, contre l’autorité de son père, jura qu’il tuerait le premier qui doit quitter la tente, leur dit qu’ils avaient déjà assez vengé l’injure, et que si leur sœur n’était pas morte, il était visible qu’elle ait reçue la protection du prophète qui l’avait sauvée et finit par les convaincre […].

La jeune fille fut soignée pendant 3 mois dans la famille de MA puis se maria avec le jeune homme qui avait été la cause de son malheur. Malgré cette sévérité, les jeunes se vantent de leurs intrigues, et la joie de tous les dangers de la cour secrète, et j’ai été assuré, sur l’autorité incontestable, qu’il y a peu d’hommes parmi eux qui n’ont pas bénéficié des faveurs de leurs maîtresses avant la consommation de leurs noces. Si celle-ci devient mère, elle détruit sa progéniture illégitime, ce qui est le seul moyen de sauver sa vie et celle du père.

Les robes des dames T sont dans le style commun de la femme syrienne, leur chapeau est orné de guirlandes de Seguins de Venise, ou d’autres pièces d’or. Le costume des hommes est celui des Turcs d’Anatolie. Les cavaliers portent un pantalon large en tissu, ou Shirwall, leur coiffe se compose d’un bonnet rond rouge qu’ils entourent d’un turban de coton ou de soie ;[…] Il y a 20 ans le couvre-chef national était un bonet haut et étroit de laine blanche, sous la forme d’un pain de sucre, depuis ce temps la Ryhanli ont abandonné cet habit[…].

Les femmes turkmènes sont très laborieuses, outre les soins du ménage, elles travaillent les toiles de tente de chèvres cheveux, et les tapis de laine, qui sont uniuement inférieurs seulement à ceux de fabrication persane. Leurs métiers sont d’une simplicité primitive, elles ne font pas usage de la navette, mais passent la trame avec leurs mains. Elles semblent avoir fait de grands progrès dans l’art de la teinture; leurs couleurs sont magnifiques. Indigo et cochenille, qu’elles achètent à Halab, leur donne le bleu et le rouge, mais tous les autres ingrédients, en particulier le vert brillant, sont des herbes qu’ils recueillent dans les montagnes de l’Arménie, le processus de teinture est conservé par elles comme un secret national. La laine de leurs tapis, est du type ordinaire; les tapis mesurent à peu près 7 pieds de long et 3 de large, et se vendent 15 à 100 piastres la pièce.

Alors que les femmes sont employées dans ces travaux les hommes passent tout leur temps dans l’oisiveté, sauf au coucher du soleil, quand ils nourrissent leurs chevaux et chameaux, ils flânent toute la journée, sans aucun emploi utile, et sans même l’actualisation de leurs loisirs par quelques petites occupations. Fumer leurs pipes et boire du café est pour eux le plus agréable passe-temps, ils se visitent fréquemment les uns les autres, et discutent autour du foyer jusqu’à tard dans la nuit. […]

Un T ne quitte jamais sa tente pour faire un tour dans le voisinage sans être armé de son fusil, son pistolet, et son sabre. J’ai été étonné de voir qu’ils ne prennent pas le moindre soin de leurs armes à feu: un grand nombre d’entre elles m’ont été montrées pour moi, pour savoir si elles étaient de fabrication anglaise; je les ai trouvés couvertes de rouille, et ils se plaignaient souvent de leurs défauts. Ils n’ont pas d’armuriers parmi eux, ni même du tout d’artisans, à l’exception des maréchaux-ferrants, et quelques fabricants de brides et d’équipement équestre.

Il n’y a pas de Fuqaha ou de ‘Ulama parmi les Ryhanli, certaines familles de conséquence mènent avec eux un Faqih Imam, pour enseigner la lecture et la prière à leurs enfants […] Ces Fuqaha sont pour les indigènes d’entre eux, éduqués dans les mosquées d’Albustan, ils invitent les T aux aumônes pieuses que prescrit le Qur’ân. Ils sont généralement ignorants, même de la loi turque: ils sont cependant consultés par les chefs, et leur avis est généralement confirmé quand il n’existe aucun précédent ou droit coutumier sur la cas.

Je n’ai vu aucun livre chez les T, et je suis certain que, 50 à peine savent lire et écrire et donc connaissent leurs prières, et par conséquent la plupart se prosternent en silence. Les gens mariés, les hommes comme les femmes, sont assez exacte dans l’exercice de leurs dévotions, mais les jeunes gens ne s’en préoccupent guère.

Je ne suis pas resté assez longtemps parmi les T pour juger correctement de leur caractère, d’autant plus que je ne connaissais pas leur langue. J’ai vu assez, cependant, pour me convaincre qu’ils possèdent la plupart des vices des nations Nomades, sans leurs qualités !

Les T sont, comme les Arabes et les Kurdes, un peuple de voleurs, c’est-à-dire tout ce qu’ils peuvent saisir en rase campagne est licite, à condition qu’il n’appartienne pas à des amis reconnu. Les Arabes compensent leurs rapines par l’hospitalité et la libéralité avec laquelle ils reçoivent amis et étrangers.

[…] Au lieu des vertus arabes, de l’honneur, la franchise, et de l’hospitalité, il semblait y avoir aucun autre motif d’action chez eux que la poursuite de la gain.La personne du Franc est sûre, mais ses bagages seront exposés aux fouilles […] et on lui demandera ses biens de telle manière, qu’il sera conseillé d’y renoncer.

[…] Ils sont constamment sur leurs gardes contre les voleurs et les voleurs de leur propre tribu, ils se trompent les uns les autres dans les affaires les plus insignifiantes, et comme la plupart des marchands de Halab, ils utilisent les serments les plus terribles et des imprécations pour dissimuler leur mensonge. Si ils ont une qualité, c’est leur tolérance religieuse, ce qui prouve, d’autre part, combien ils s’en soucient peu.

Les hommes se marient à 14 ou 15 ans, les filles à 13 ans. Sauf Haydar Aga, et certains de ses frères, très peu ont plus d’1 femme. Ils célèbrent leurs fêtes de mariage en grande pompe. Les jeunes hommes jouent sur ces occasions, à un jeu de course. Leur musique consiste en tambours et trompettes, mais les T, ne sont pas aussi friands de musique que les Aleppins et les Arabes, et je n’ai jamais rencontré parmi eux de ces conteurs, si fréquentes chez les Arabes du désert. Quand un fils atteint l’âge nubile, son père lui donne, même avant son mariage, un couple de chameaux et un cheval à sa charge, par les bénéfices du commerce, de ses dépenses privées. A la mort du père, sa propriété est partagée entre la famille selon la loi turque. Les Ryhanli enterrent leurs morts dans des cimetières dispersés dans les ruines des villages désertés.

-1812 : excursion dans le Hawrân :

[…] Je demandai au Pasha un Bouyourdi, un Sauf-Conduit général à l’intention de ses officiers dans le Hawran, […] sachant qu’il y avait beaucoup de chrétiens […] de l’Église grecque, je pensai […] me procurer du patriarche grec de Damas […] un courrier à ses ouailles du Hawrân […] que j’ai trouvé d’un plus grand poids chez les Grecs que les Bouyourdi a été parmi les Turcs.

[…] Je pris le costume du peuple Hawrânî, la Kaffiya, et un grosse peau de mouton sur mes épaules, […]. J’ai ensuite loué un âne à un Fellah de ‘Ezra, […] sachant que c’était le meilleur moyen de me recommander […] comme le propriétaire de l’âne devient nécessairement le […] protecteur de celui qui le loue. […]
[…] Je quittai mon logement dans la soirée, et partis […] dormir dans un petit Khân, dans la banlieue de Damas, où les Hawrânî descendent.

[…]
‘Ezra :

En arrivant à ‘Ezra je me rendis au domicile du pope du village, que j’avais déjà vu chez le patriarche à Damas, et que je désirais consulter pour mon circuit dans la région. Il semblait être prêt à me guider, contre une modeste allocation quotidienne, qu’il stipula. Esdras est l’un des principaux villages du Hawrân, il contient environ 150 familles turques et druzes, et 50 grecques. Il se trouve dans l’enceinte de la Laja, à ½ H de la terre arable: il n’a pas d’eau de source, mais de nombreuses citernes. Ses habitants font des étoffes de coton, et un grand nombre de meules dont les blocs sont rapportées de la Laja intérieure, dans les villages du Lahf, et réexportées dans toute la Syrie, jusqu’à Halab et Jérusalem. Ils varient en prix, en fonction de leur taille, de 15 à 60 piastres, et sont préférables à tous les autres à cause de la solidité de la pierre de tuf noir, répartie sur l’ensemble du Hawrân.

Esdras était autrefois une ville florissante, ses ruines mesurent 3 à 4 miles de circuit ; les habitants actuels continuent à vivre dans les vieilles bâtisses, du fait de la solidité de leurs murs, et de leur parfait état de préservation. Elles sont construites en pierre, comme tous les villages du Hawran de Ghabâghib à Busra, et du désert au-delà.

En général, chaque logement dispose d’une petite entrée donnant sur une cour intérieure, autour de laquelle se trouvent les appartements. L’intérieur des chambres est fait de grandes pierres carrées, à travers le centre, une arche unique, généralement de 2à 3 pieds de largeur, supporte le toit, les arcs reposent sur des pilastres bas de chaque côté de la salle, et en certains cas, le toit repose sur les arcs, composé de dalles de pierre d’1 pied, pour 2 pouces d’épaisseur, sur environ la moitié de la longueur de la pièce, l’une des extrémités reposant sur des pierres en saillie des murs (consoles/colombages), et sur le sommet de l’arc. Les dalles sont fines, mais dans certaines maisons le toit est formé de deux couches[…]. Les chambres font rarement plus de 9 ou 10 pieds, et n’ont aucune autre ouverture qu’une porte basse, avec parfois une petite fenêtre au dessus. Dans de nombreux endroits, j’ai vu 2 ou 3 de ces chambres à arcs les unes au dessus des autres, formant autant d’étages. Ce mode de construction importants prévaut également dans la plupart des anciens édifices publics restant dans le Hawran, sauf que dans ce dernier l’arc, au lieu de s’élancer depuis les murs ou du sol, repose sur deux colonnettes.[…]. Pour renforcer leur durabilité, la plupart des portes étaient autrefois de pierre, on en rencontre encore beaucoup, parfois d’un seul tenant, ou encore par volets pliants ; elles tournent sur des gonds incrustés dans la roche, de 4 pouces d’épaisseur ; elles dépassent rarement 4 pieds mais peuvent aller jusqu’à 9 pieds de haut.

[…] Les ruines les plus considérables se trouvent au S-E. […] les restes d’une série de maisons qui, à en juger par leur taille et leur solidité, semblent avoir été le complexe palatial. Le peuple de ‘Ezra leur ont donné l’appellation de Saray Malik al-Asfar, terme attribué dans toute la Syrie, à l’empereur (de Russie : sic). A l’W et au N du village se trouvent plusieurs édifices publics, temples, églises :

-L’église de Mâr Ilyâs, dans laquelle les Grecs célèbrent l’office divin, est un édifice circulaire, dont le toit s’est écroulé, et dont seul le mur extérieur est resté en place. De son côté S. se trouve un vestibule soutenu par 3 arches, dont l’entrée se fait par un passage voûté sombre. Au niveau de l’entrée se trouve une inscription ( ??) ; ainsi quesur une petite porte latérale ( ??), sur l’arc de l’allée d’entrée, ( ??), sur le mur extérieur, au N de la rotonde ( ??) .

-Au D du village se trouve un édifice, dédiée à Mâr Gôrgîs Al-Khudar, que les musulmans, et parfois les chrétiens, appellent Saint. C’est un bâtiment quadrangulaire de 85 pieds de côté, avec un arc en plein cintre sur le côté E.; le toit est voûté, et soutenu par 8 piliers, tous les 12 pieds, en cercle au centre, unis les uns aux autres par des arcs. Ils mesurent 2 pieds d’épaisseur, et 16 de haut, avec une seule rainure de chaque côté. […] La niche sur le côté est contient l’autel. La coupole est récente. Le bâtiment a 2 entrées, […] celle de l’W porte une inscription [datée de 410, sous Théodose le Jeune qui décréta la reconversion des temples idolatres] Avant le temple se tient une petite cour pavée, maintenant convetie en cimetière privé des popes de ‘Ezra.

Au milieu de la partie habitée du village se dressent les ruines d’un autre grand édifice, autrefois utilisé pour le culte chrétien, puis converti en mosquée, mais depuis longtemps abandonné. Il se compose d’un carré, avec deux colonnades voûtées aux extrémités nord et sud, chacune constituée d’une double rangée de 5 colonnes. Au milieu de la zone se trouvait double ligne parallèle de grandes colonnes[…] doriques, de 16 pieds. Les arcades latérales sont encore debout jusqu’à mi-hauteur; […], les murs et E et W. du bâtiment sont aussi en ruines. Près de la porte d’entrée on trouve 3 tablettes inscrites, dont une seule, inscrite à l’envers dans le mur, est lisible ( ??).

Sur une porte intérieure, une inscription, effacée, en caractères syriaques.

Attenante ce bâtiment se trouve une tour carrée, de 50 pieds ; à la base est un peu plus large que son sommet. Je vis souvent des structures similaires dans les villages druzes, et dans Cannamayn : elles ont toutes des fenêtres près du sommet, une ou deux par côté. Elles ont généralement plusieurs étages de chambres voûtées, avec un escalier à monter en eux.

A l’E du village se trouve la porte d’un autre bâtiment public, transformé en logements privés, ce bâtiment est dans un meilleur style, avec quelques ornements sur sa grille. Sur le mur à D de la porte se toruve une inscription ( ??)

[…] Inscription à l’entrée d’un mausolée ( ??).[…]

[…] Le pope d’Esdras, afin de prolonger mon voyage, […] chargea son cheval avec tout son mobilier d’église, et dans presque tous les village où nous sommes descendus, il aménageait une pièce pour dire la messe, j’étais, en conséquence, rarement en mesure de partir avant la mi-journée […]. Ma définition aux yeux des autochtones variait selon les circonstances, je fus un frère laïc grec, puis prêtre, le sacerdoce ne se distinguant pas par un costume particulier, à l’exception d’un turban bleu, qu’ils portent en général, puis je fus décrit comme médecin à la recherche d’herbes et parfois il affirmait mon but réel d’examiner le pays.

[…]
Shahba :

De Murdûk nous prîmes la route pendant 1 H ½ sur un terrain pierreux, Shahba est le siège des Shyûkh druzes, et contient aussi quelques familles turques et chrétiennes. Il se trouve au pied de Tall du même nom, autrefois l’une des principales villes de la région, comme en témoigne ses murailles, et la hauteur de ses édifices publics. On peut suivre ses murailles tout autour de la ville, en parfait état à de nombreux endroits, il y a 8 portes, reliées au centee-ville par une chaussée pavée ; chaque porte est formée de deux arcs, avec un poste entre les deux. La porte de l’Est semble la plus importante et sa rue conduit en ligne droite à travers la ville (decumanus), […] pavée de pierres plates oblongue, placées obliquement avec une grande régularité.

Cette rue traverse des ruines d’habitations avec nombre de fragments de colonnes, à un endroit 4 structures cubiques forment une sorte de carré, au niveau duquel tourne la rue, ils […]. Plus loin vers la droite, sur une terrasse, se voient des colonnes corinthiennes[…] très complètes

Après ces colonnes on parvient au bâtiment principal de la ville, ‘un croissant, orienté à l’E, sans ornements extérieurs, mais avec plusieurs créneaux. Je n’ai pas osé y entrer, comme j’avais une mauvaise opinion de son propriétaire actuel, le chef de Shahba. […] Avant la construction mentionnés ci-dessus se trouve un profond et large réservoir, bordé de petites pierres. A D de celui-ci se trouve un autre grand édifice de quadrangulaire, construit en gros appareil, avec une porte spacieuse, son intérieur se compose d’une double rangée de voûtes, les unes sur les autres, dont celles du bas sont étouffées par les chapiteaux des colonnes qui supportent les arcs hauts. Une inscription sur une arche à l’étage supérieur ( ??).

Au-delà, à G, dans la même rue, un passage voûté avec plusieurs niches des deux côtés donne sur de sombres appartements, destinés sans doute pour la réception des décurions de la ville. […] A l’ouest des 5 colonnes corinthiennes se dresse un petit bâtiment, converti en mosquée, qui contient 2 colonnes de 10 pouces de diamètre, et 8 pieds de hauteur, de granit gris à grain fin, comme à Baniyâs.

Au sud du Croissant se trouve la principale curiosité de Shahba, un théâtre, en bon état de conservation, construit sur une pente, un de