Ulrich Seetzen, Journal d’Alep, La culture trans-classe des cafés à conteurs, 1804 n-è

Ulrich Seetzen, Journal d’Alep, 1804

« Les textes des chants et chansons sont aussi généralement cultivés et appris oralement. Ce qui a ceci de bon, que la mémoire chez le Levantin est généralement incroyablement entrainée, et qu’il a tout son savoir sous la main, puisque dans son désir d’apprendre, il doit s’en remettre à sa mémoire pour les connaissances acquises, car tout autre moyen, par exemple d’apprendre par des livres, lui est difficile, et souvent impossible. Ce trésor conservé dans les mémoires rend généralement les conversations très attrayantes. Raconter leur est facile. Mais les défauts de mémoire provoquent souvent des erreurs graves dans leurs narrations et chansons. »

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Notre actuel serviteur, un garçon amusant d’environ 19 ans, un Syrien appelé Antoine, a fréquenté l’école pendant 12 ans et a appris si peu qu’il connait à peine l’alphabet arabe. Ce qui doit manifestement du mauvais enseignement qu’il a reçu. Car il a en fait des talents remarquables, et apprend une chose qui lui plait très facilement. Dans sa tête, il y a un magasin de petits poèmes, de sentences, de chansons populaires, d’anecdotes amusantes, de récits pleins d’imagination, d’esprit et de philosophie de la vie. Il est en fait frappant à quel point même la classe populaire la plus basse sait réciter par cœur des choses pleines d’esprit. Tous leurs chants respirent d’amour ardent ou de satire mordante, et ils savent présenter sur Harun al Raschid, sur Sleiman, Lockman le Sage, etc. de très belles choses de façon intéressante. Pour comprendre cela, il faut savoir que l’on rencontre très souvent dans les nombreux cafés des conteurs publics, dont certains étudient vraiment comment entretenir agréablement leur auditoire. Dans ces cafés, on ne rencontre pas seulement la classe populaire moyenne, mais aussi la plus basse, qui, pour une tasse de café qui coûte un Para, passe un après-midi entier là, et peut écouter le conteur aussi bien que le plus riche. Leur mémoire toujours entraînée est extraordinairement bonne, leur fantaisie florissante, mais leur acuité d’esprit est négligée.