Ḥannā Diyāb, Le Jeûne du Carême chez les Maronites de Tripoli, 1707, 1766 n-è

Nous sortîmes de la ville de Tripoli en compagnie d’un homme apparenté par alliance à la famille des Ḫāzin [seigneurs maronites], appelé le Kawālīr [Cavalier] Ḥanna. Il avait rencontre le Ḫwāja [« Monsieur » Paul Lucas] chez le consul des Français et ils avaient tissé des liens d’amitié fraternelle. Lorsque nous arrivâmes dans les Monts Kesrwān, dans un lieu appelé Zūk Mikā’il où il habitait, il invita le Ḫwāja à venir déjeuner chez lui. Quant à nous […] nous nous rendîmes sur la place de Zūk […] et restâmes à attendre qu’on nous apporte le déjeuner de chez le Cavalier car il nous avait également invités. Comme le repas n’arrivait pas et que nous étions affamés car nous avions voyagé toute la nuit, nous puisâmes dans nos provisions du poisson de mer frit, du pain et du vin, et nous nous assîmes pour déjeuner, ce qui ne tarda pas à provoquer autour de nous un attroupement, et on nous demanda :

« Êtes vous Naṣārā ?

-Oui

-Comment se fait-il que vous rompiez le jeûne avant l’heure ?

-Nous sommes des voyageurs ; nous avons cheminé toute la nuit et nous ne sommes donc pas soumis au jeûne. »

Cela se passait la première semaine du grand Carême ; certains habitants de ce pays jepunaient jusqu’à midi, d’autres jusqu’à neuf heure [15 heure], mais personne ne pouvait cesser le jeûne publiquement avant l’heure !

Il se passa la même chose pour notre Ḫwāja. Le chevalier chercha à la distraire en attendant midi, heure à laquelle il pourrait offrir à déjeuner. Comme les choses trainaient, notre Ḫwāja s’éclipsa et nous rejoignit. Nous voyant en train de déjeuner, il s’assit pour manger avec nous, non sans éprouver quelque gêne vis-à-vis du chevalier Ḥannā.