Jean-Louis Poiret, Cheval Barbe, 1789

Les Chevaux de Barbarie, connus en France sous le nom de Chevaux-Barbes , ont en général la taille médiocre, la tête haute, les jambes fines, le poil roux, le pas très-sûr, beaucoup de vigueur & de souplesse dans tous leurs mouvements ; mais ils ont beaucoup perdu de leur ancienne réputation, par la négligence des Arabes à multiplier & conserver les belles races. Comme ils préfèrent les Juments aux Chevaux, ils prennent peu de soins de ces derniers, les maltraitent cruellement, & souvent les accablent de travaux. Quand ils ont quelques courses à faire, telles longues qu’elles soient, ils ne vont presque jamais qu’au galop. A la fin de la journée les Chevaux ont la bouche en sang, & le ventre ouvert par les longues fiches de fer qui servent d’éperons aux Arabes.

Ces animaux ne mangent jamais que le soir, & encore souvent ne leur donne-t-on que de l’herbe hachée, ou des feuilles de roseaux. Malgré cela, il est incroyable avec quelle force ils supportent la fatigue. Ils ne sont point ferrés, ce serait un mal qu’ils le fussent, ayant souvent à gravir contre des rochers escarpés qu’ils montent & descendent quelquefois au galop avec une facilité étonnante. Ils passent la nuit en plein air, sans litière, droits sur leurs jambes, renfermés dans les Dwâr, ou attachés par les pieds à un piquet vis-à-vis les tentes. Jamais ils ne sont ni frottés, ni étrillés. Quoiqu’aucun de ces animaux ne soit mutilé, ils sont presque aussi doux & aussi faciles à manier que nos Chevaux hongres d’Europe: mais transportés en France, ils deviennent indomptables, quoiqu’ils passent d’un climat brûlant, dans un climat très tempéré. La raison de ce changement ne me paraît pas facile à trouver.