Ali Bey, Entrainement à cheval

Dans les guerres d’Afrique l’homme à pied n’est compté presque pour rien, et les princes n’évaluent leurs forces que par le nombre de leurs chevaux. D’après ce principe, les Maures tâchent d’acquérir toute la dextérité possible dans l’équitation. A Tanger ils s’exercent sur la rive de la mer, en faisant des courses de chevaux sur le sable humide de la basse marée. Ces exercices continuels les rendent très habiles cavaliers. La selle dont ils se servent est fort lourde, et les arçons extrêmement hauts. Deux sangles fortement serrées passent, l’une sous les côtes, et l’autre obliquement par les flancs sous le bas ventre du cheval. Ils montent avec des étriers très courts, et leurs éperons sont formés de deux pointes de fer de huit pouces de longueur. Avec cet équipage et un mors extrêmement dur, ils martyrisent les pauvres chevaux de maniere qu’on voit très fréquemment ruisseler le sang de leurs flancs et de leur bouche.

Une seule manœuvre forme ces exercices militaires : trois ou quatre cavaliers, ou un plus grand nombre, partent ensemble en poussant de grands cris, et vers le terme de la course ils tirent leur coup de fusil sans ensemble et en désordre. D’autres fois , l’un court derrière l’autre, toujours avec de grands cris, et au moment de l’atteindre il lui lâche son coup entre les jambes du cheval.

 Non seulement ils traitent fort durement leurs chevaux, mais ils ne leur donnent même pas un toit pour abri. Ils les tiennent ordinairement en pleine campagne, ou dans une cour découverte, les pieds de devant assujettis à une corde fixée horizontalement entre deux piquets, sans têtière ou sans licou. On leur jette la paille à terre, et on leur présente l’orge dans un petit sac qu’on suspend à leur tête. Ordinairement on donne de la paille deux ou trois fois dans la journée à un cheval, et l’orge seulement une fois sur le soir. Quand ils sont en marche, ils font le chemin tout d’une traite chaque jour, et ne mangent que pendant la nuit. Ils soutiennent également bien et le plus ardent soleil de l’été, et les plus grandes pluies de l’hiver. Malgré ce régime, ils se conservent encore gras, forts et sains: ce qui, au fond, me ferait croire cette méthode préférable à la méthode européenne, qui rend les chevaux si délicats et si embarrassants dans les grands mouvements militaires; mais on doit considérer aussi la différence des climats.