Vie de Jean de Daylam (m. 738), Conversion au christianisme en Caspienne sous les Omeyyades, v. 750 n-è

Puis nous écrivons les exploits de Mār Jean de Daylam, dont le monastère est en Perse près de la ville de Regan

-1-[…]C’est à ce mode de vie exalté que Mār Jean de Daylam fut convoqué par la grâce : il fit mourir son âme pour les désirs transitoirs, comme l’apôtre Paul, et ses actes furent faits manifestes dans les conversions qu’il accomplit dans l’église de Dieu.

Enfance et monachisme

-2-Par sa famille, il était de la Cité de Ḥdattā, dans le Bēṯ Qīrā (Hadīṯa au confluent du G. Zab et du Tigre). Voyant que la maison de ses parents était une demeure pour les moines, ce fut à travers leurs prières que Dieu leur donna ce fruit plein de bénédictions. Lorsqu’il était petit enfant, il rejoignit les autres enfants dans l’étude des psaumes. Il entendit les leçons de deux moines qui parlaient de la vie monastique : ils étaient du monastère de Bēṯ ‘Abē, et parlaient des richesses de la vie monastique et de leur amour de Dieu et l’un de l’autre (peut-être ceux qui rendent visite au Catholicos Georges (659-80)).

-3-[…]son esprit fut enflammé de l’amour du Christ et il se mit en route pour le monastère de Bēṯ ‘Abē. Ils refusèrent de l’accepter sur la base qu’il était encore un enfant, mais un des saints hommes, appelé Sanōṭā (Šem‘ōn l’Imberbe), qui connaissait ses parents, le reçut dans sa cellule et lui donna suffisamment d’expérience dans les Ecritures.

-4-Du fait de la famine qui régnait dans cette région son maître Sanōṭā et les frères partirent vers la montagne de Begaš et y vécurent tranquillement dans les grottes, se nourrissant de racines et de fruits des arbres.

-5-A cette époque, Jean était devenu solitaire et avait quitté le Koinobion ; parce que les frères étaient dispersés du fait de la famine, il accompagna lui aussi son maître et vécut dans la quiétude, pleinement observant des Ecritures.

-6-Après avoir vêcu quelques 20 années dans la montagne de Salak et Begaš, Sanōṭā déclara à ses disciples, en pleurant :

« Mes enfants, vous devez savoir que l’un d’entre vous sera dévoré par un animal après ma mort, un autre partira et on n’entendra plus jamais parler de lui, tandis qu’un troisième gagnera une grande renommée dans le monde, et de ses mains de grandes œuvres seront accomplies ; il convertira de nombreux peuples (‘ammē) et deviendra le père des solitaires. »

Alors qu’il expliquait ceci à propos de Mār Jean de Daylam, il se retourna vers lui et lui déclara :

« Soit vaillant, mon fils, et rejouis-toi dans le Christ qui t’as choisi, car tu seras un prédicateur de l’Evangile ! »

En disant ceci, il leur intima de ne point quitter et abandonner cet homme seul dans la grotte.

[-7-Trois jours plus tard, lorsqu’il dut temps qu’il quitte cette vie, Sanōṭā mourut et ils accomplirent les rites funèbres, le couchant dans sa grotte.]

-8-Trois jours plus tard, l’un d’entre eux vint vendre le produit de leur artisanat_il épousa une femme, retombant dans le monde. C’était celui dont son maître avait dit qu’il serait dévoré par un animal sauvage.

-9-L’autre partit pour voir ce qui était arrivé à son compagnon, mais les Daylamites le capturèrent et le retinrent prisonnier. Celui qui fut capturé était Išō‘-Sabrān, dont nous avons raconté les exploits.

Capturé par les Daylamites

-10-Jean resta dans la tombe de son maître, mais lorsqu’il se rendit compte qu’aucun d’entre eux ne rentrait il resta quelques jours puis se dressa, reçut une béndiction de la tombe de son maître et descendit la montagne. Il rencontra quelques pillards Daylamites qui le saisirent_constatant que le roi des Ṭayyāyē, ‘Alī b. Abū-Ṭālib, était laxiste et lâche, les Daylamites avaient coutumes de piller son territoire sans relâche.

-11-Lorsque le glorieux Jean fut parti avec eux, les Daylamites furent tourmentés par une grande soif sur la route des montagnes ; ce sur quoi ils promirent de le relâcher s’il leur trouvait de l’eau à boire. S’étant agenouillé pour prier là, immédiatement jaillit une eau, et ils burent ; ce sur quoi il leur décara :

« Maintenant que vous avez bu l’eau, laissez-moi aller comme vous l’avez promis ! »

Ils refusèrent cependant de le faire et rentrèrent dans leur propre terre.

-12-Lorsqu’ils se partagèrent le butin ils comptèrent Jean comme 10 parts ; il fut pris par leur chef qui était tenu en grand honneur. Alors cet homme avait 9 fils, et tous les jours ils avaient coutume d’adorer des idoles _ ce dont Mār Jean était tellement furieux qu’il les maudissait. Durant les 10 journées qui suivirent, cet homme et ses 9 enfants moururent, un chaque jour. Tout ceci eut lieu grâce au zèle de Mār Jean.

Première conversion : survie à l’incendie

-13-Sa maîtresse le menaça et lui dit en présence de sa maison :

« Cet homme est un sorcier et a tué mes fils et mon mari, les achevant l’un après l’autre ! »

-14-Ils rassemblèrent alors bois et feu, le jetant sur le saint, dans la maison où il demeurait, pour y mettre le feu. La maison et le bois brûlèrent, mais le feu ne toucha point le saint : pas même un cheveu de sa tête ne fut roussi. Tout le monde était stupéfait de ce fait, et ils le laissèrent donc aller librement, l’éloignant de leurs maisons.

-15-Il n’alla pourtant pas très loin. Il y avait un enfant qui se dressait la avec une bande qui était éprouvée/tentée (par le démon). Le saint l’envoya récolter des plantes pour lui dans un jardin, ce qui le guérit dans l’instant. Surprise et stupéfaction saisirent chacun, et il soigna l’enfant malade des prêtres et chefs païens, tous idolâtres, sur quoi ils crurent ! Ils étaient 10 100 âmes en tout. Il leur construisit de nombreuses églises et ils devinrent Chrétiens.

Seconde Conversion : les arbres sacrés abattus

-16-A nouveau il voyagea au dans les pays des Daylamites, réprouvant ceux qui adorent les arbres. Il supplia Dieu en prière, disant : « Que chaque arbre que je frappe d’un coup de hache tombe au sol. De cette manière, il abattit 4000 arbres.

-17-Le lendemain matin, lorsqu’ils vinrent adorer les arbres ils les virent abattus, sur le sol, avec le saint homme endormi, sa hâche sous sa tête. Ils se rassemblèrent contre le saint et commencèrent à le lapider, le frappant violemment à coups de pierres. Il fut jeté et laissé pour mort mais notre Seigneur l’appela en disant :

« Soit vaillant et fort, Jean, car tu as un grand nombre de gens d’où choisir pour moi pour le Royaume, ne les crains point ! »

-18-Alors leurs yeux furent ouverts et ils se rendirent compte qu’il avait été envoyé à euxpour les retourner sur la voie de la vérité. Ils se retournèrent tous vers lui et crurent en le Dieu Vivant. Il baptisa de nombreux peuples parmi eux, quelques 25 000 hommes et femmes, leur construisit des églises et leur établit des prêtres, des diacres et de nombreux enseignants.

Troisième conversion : la source de sang et l’ordalie du feu

-19-Il alla plus avant à l’intérieur des pays, aux nombreux peuples qui n’avaient point de chefs, mais ressemblaient à des animaux sauvages et féroces, sans obéir à des lois ! Ceux-là avaient une coutume païenne maudite de se rassembler pendant leurs Panégyries folles dans un temple d’une grande idole située au milieu de leur territoire. Là ils offraient des sacrifices à l’idole et se dirigeaient de manière folle par une source d’eau devant leur temple. Ils avaient coutume d’accomplir cette Panégyrie folle durant 7 jours 3fois l’an. Il les réprimanda mais ils ne prêtèrent aucune attention et échouèrent à croire sa prédication.

-20-Après cela, leurs prêtres et chefs païens se réunirent auprès de lui et dirent :

« A moins que tu ne nous montres un signe nous ne t’écouterons point ; au contraire, nous allumerons un grand feu et tu devras y entrer et t’y tenir : si tu ne brûles point, nous croirons tous en ton Dieu ! »

Ils allumèrent alors un grand feu et le Saint Jean y entra et en ressortit à trois reprises sans qu’aucun de ses vêtements n’eut brûlé, pas même un seul cheveu de sa tête. Il pria et le feu tout entier fut étouffé.

-21-Voyant qu’ils ne croyaient pas encore, il s’approcha et frappa leur source d’eau avec son bâton : tout d’un coup l’eau se changea en sang, et le poisson qui y était roussit, et tous moururent de soif et de souffrance. Leurs chefs et prêtres se réunisent devant lui et dirent :

« Restaure notre eau afin que nous puissions boire, et alors nous croirons tous en ton Dieu et deviendront Chrétiens ! »

Le saint Jean pria sur l’eau et la frappa avec son bâton une seconde fois, sur quoi elle fut rendue comme avait été auparavant. Alors ils crurent tous et reconnurent Dieu. Il les baptisa et ils devinrent chrétiens. Le premier jour, 4 900 âmes furent baptisées alors qu’il récitait sur eux le service baptismal tout entier. Ainsi, il convertit et baptisa tous les peuples errants de ces régions

-22-Durant le cours de 3 années il les purifia de toute pratique païenne et ils devinrent de véritables chrétiens, zélés dans la foi. Ainsi, tous les Daylamites y prouvèrent être une belle nouvelle génération.

-23-Chaque année, correspondant au miracle du saint, la source se changeait en sanf trois jours durant, du jour où le saint l’avait changée. Tous les marchands Ṭayyāyē qui s’y rendent racontent que cette source qu’ils ont vu de leurs propres yeux est devenue sang ; et ils rendent grâce à Dieu pour cela !

-24-Alors le saint entra plus avant dans les pays intérieurs, escaladant de difficiles montagnes. Dans cette région du nord-est il convertit de nombreux peuples durant 33 années, la faim, la soif, la nudité, extirpant toute trace de paganise dans l’Orient, surtout parmi les Daylamites, son propre peuple. Il les fit « un juste champs » de croyants, se réjouissant d’eux comme ils se réjouissaient de lui. Il pria sur eux et les bénit, les confiant à Dieu.

Visite à ‘Abd Al-Malik et al-Hajjâj

-25-Il partit et vécut dans la quiétude, servant Dieu, et alors lui apparut un ange de Dieu en révélation, disant :

« Va dans le Pays des Perses et construit là-bas trois églises glorieuses à Dieu, une pour les laïcs et 2 pour les solitaires ! »

-26-Il se dirigea comme instruit par Dieu et alla prier à Jérusalem, recevant une bénédiction des lieux saints où notre Seigneur a marché.

-27-Il visita le roi des Ṭayyāyē, ‘Abd-l-Malik b. Marwan qui résidait à Damas de ce temps ; il le salua et fut reçu avec beaucoup d’honneurs. Le roi lui demanda de prier pour sa fille qui étaient tentée par des démons. Elle fut guérie et le roi, enchanté, lui donna des dons royaux, qu’il refusa cependant, demandant au roi à la place la paix et le calme pour les peuples chrétiens, et la permission de construire églises et monastères où ils voulaient !

-28-Il écrivit une missive royale à son gouverneur qui résidait au Pays des Araméens et des Perses :

« Laisse le saint homme construire des églises et des monastères à travers notre empire tout entier où qu’il le veuille faire ! De plus, fais que les dépenses lui soient affectées depuis mon trésor royal ! »

-29-Il écrivit un second document avec pour effet que « le tribut (mdattā) ne soit pas imposé d’aucun prêtre, moine, enseignant ou chef des chrétiens à travers notre empire tout entier ; mais que les Chrétiens soient honorés dans leurs coutumes et lois, comme il leur convient ! »

-30-Il écrivit de nombreuses lettres comme celle-ci, les scellant avec son anneau sigillaire et les donnant à Mār Jean, qu’il renvoya avec des messagers et avec les honneurs qui lui convenaient.

-31-Depuis Damas, il alla à Ḥajjaj, qui écrivit pour lui des lettres semblables. Il voyagea alors dans la montagne de Mam, à proximité de la ville de Regan. Là il bâtit un grand et florissant monastère, y installant de nombreux frères.

Conversion et Installation en Fars

-32-Il voyagea alors le long de la côte du Fars et vit un homme mort qui avait été emporté par les eaux. Il pria sur lui et le réssuscita. Devisant avec lui, l’homme dit :

« Je suis Juif »

Sur quoi le saint dit :

« Montre-moi l’idole du démon Babay ! »

Il le fit et y entra et vit l’idole. Il prit la couronne d’or qui  était sur la tête de l’idole Baby et lorsque les prêtres et chefs des Mamiens résistèrent, ils accomplit de nombreux miracles en leur présence et les convertit !

-33-Alors il leur montra la lettre du roi, et ils furent effrayés. Ils crurent et il les baptisa, abattant leur temple idolatre et construisant à sa place un monastère, où, aujour’hui, les frères récitent les services en langue Perse : il est dédié à Mār Sargis et Bacchus, les soldats martyrs. Pour ceci il établit des règles propres aux solitaires.

Combat contre les démons

-34-Pendant 20 ans, les démons l’affrontèrent à cause de leur temple d’idole. Un jour, ils abattirent le sacristain alors qu’il sonnait la Simandre, le jetant à terre. Le Saint, cependant, le guérit, et le jour suivant il vint lui-même sonner la Simandre. Voyant qu’il était incapable de le toucher, le démon se rendit à la cuisine et jeta de l’eau sur la pâte pour la gâter.

-35-A une autre occasion, il souffla aussi comme un vent à travers les fenêtres et fit s’envoler la farine pour la pâte, la répandant dans tous les bâtiments du monastère. Dans leur affliction, les frères informèrent le saint homme et il agrippa Satan, le blâmant avec la parole de Dieu et le jetant hors du monastère, l’attachant afin qu’il n’entre plus jamais_et il ne le fit pas, par les paroles du Saint, on ne le revit plus jamais.

Déplacement du monastère

-36-Parce que l’eau ne se trouvait qu’à la distance d’un mille et demi du monastère, et que les frères étaient incommodés de devoir porter l’eau au monastère le long d’une pente, le saint pria Dieu à propos de ces incovénients et un ange du Seigneur vint à lui et dit :

« Fais partir les frères du monastère, parce que Dieu m’a ordonné de déplacer le monastère, et sa palmeraie, vers la source d’eau et d’y replanter les arbres ! »

-37-Alors, tous les frères partirent, et se tinrent en prière envers Dieu. Alors, tout d’un coup, la montagne s’agita et trembla sur ses bases ; la montagne bougea et le monastère qui y était fut replacé sous la source d’eau. Rien ne resta dans sa position initiale sauf la cellule de Mār Jean. De cette mannière l’eau de la source coulait et entrait dans le monastère et les cellules, irrigant jardins et hortus. Les frères remercièrent et louèrent Dieu qui leur avait offert ce soulagement.

-38-Lorsque des nouvelles de ce miracle se diffusèrent, tous louèrent Dieu et d’innombrables frères se réunirent au monastère, servant Dieu dans la joie

Dispute des Perses et des Syriens

-39-Alors, les frères Perses (Pūrsāyē) et Syriens (Sūryāyē) se querellaient les uns les autres pour les services : les Perses disaient :

« Nous devrions tous réciter le service dans notre langue, vu que nous vivons en Pays des Perses ! »

Tandis que les Syriens disaient :

« Notre père est un Syrien, et c’est ainsi que nous devons réciter les services dans notre langue, en référence au fondateur du monastère ; de plus, nous ignorons comment réciter les services en Persan ! »

-40-Lorsque Mār Jean vit la querelle qui était arrivé, il pacifia les frères et pria Dieu avec fort sentiment. Sur quoi il apprit dans une révélation de Dieu :

« Construis-leur un second monastère de l’autre côté de la rivière, opposé à celui-ci, lui ressemblant à tous aspects. Fais vivre les Perses dans l’un et les Syriens dans l’autre ! »

Alors il construisit un second monastère identique au premier, et les Frères Syriens y vécurent. Ainsi fut résolue la querelle entre les frères.

Derniers actes et mort

-41-Alors approcha le temps pour Mār Jean de quitter cette vie, et un ange vint à lui depuis Dieu et lui dit :

« Ton Seigneur te convoque, Ô, bon serviteur ! ».

Le Saint Homme répondit à l’ange :

« Dis à ton Seigneur que je désires point quitter cette vie temporelle jusqu’à ce que je construise une église à la Mère de Dieu, Marie, et qu’elle aura été consacrée et que j’y aurai reçu les Mystères qui donnent la vie ; alors je serai prêt à mourir ! »

Il pria Dieu qui lui accorda ce vœu.

-42-Il commença alors à construire une grande église dédiée à la Mère de Dieu, Marie, elle fut consacrée et il y reçut les Mystères qui donnent la vie ; puis il loua et remercia Dieu qui avait accompli tous ces actes de grâce pour lui.

-43-Lorsqu’il partit, il convoqua le sacristain et lui dit de sonner la Simandre pour les paires. Il le fit et les frères se réunirent. Il alla dans sa cellule et rendit son esprit à Dieu, dans les mains de l’ange des soins.

-44-Les frères des deux monastères, Perses et Syriens, se réunirent, avec les habitants de tout le pays qui avaient été baptisés par lui, et ils l’escortèrent de cantiques et des rites dus pour 7 jours ; puis ils le firent reposer dans le lieu funéraire de l’église, dans le martyrion qu’il avait construit.

-45-Il mourut agé de 100 ans moins une années. Il quitta le monde à l’âge de 13 ans, passa 33 ans dans le pays des Daylamites, 30 ans au monastère de Bēṯ ‘Abē et 23 ans avec son maître Sanōṭā.

Que ses prières soient avec nous ! Āmīn !