‘Alī b. Rabban al-Ṭabarī, De la Religion et des Empires (XXX), Le Jihâd selon les exemples de la Bible et les arguments du Christ, v. 850 n-è

XXX. Réponse à tous ceux qui blâment l’Islam en une de ses pratiques ou une de ses prescriptions.

Si un homme des Ahl al-Kitāb vilipende une des règles de la foi et une des pratiques des Muslim-s, il sera grossièrement inique envers nous, et répudiera et blâmera tous les prophètes, et s’exposera au pêché et à la punition.[…]

S’ils condamnent le Jihād, Abraham, qui a combattu les Quatre Rois qui avaient fait des incursions dans la Terre de Jazīra pour envahir ses habitants ; il protégea ses voisins avec qui il vivait détruisit les armées de ses ennemis avec ses serviteurs et hommes nés dans sa maison, et gagna de ce fait honneur, crédit, mémoire et louange perpétuelle ; il rendit à leurs rois respectifs tout le butin et les hommes qu’il sauva, et ne garda rien des dépouilles, pas même un grain ou un outil, après que ces rois eurent abandonné leurs pays et se soient rendus !

-Et Josué b. Nūn, qui tua 31 rois parmi les rois du Šām, et ne laisse, dans l’une de leur cites appelées ‘Ayī un seul resident, ni un homme pour souffler sur le feu, et il ne les appela nullement à la religion, ni ne leur exigea de tribut et capitation, ni ne reçut d’eux de rançon, comme les Muslim le font !

-Et le prophète Samuel, […] déclara dans le 12° chapitre que le prophète David […] a razzié un pays du Šām appelé Filistiya, et n’y laissa pas un homme ou une femme qu’il n’eut tué. Il prit alors les moutons, les bœufs, les ânes et les chameaux, et emporta avec lui les biens, trésors et fournitures, sans appeler les habitants, ni à la religion, ni à payer le tribut, ni à se soumettre !

-Et le Livre de Samuel rapporte que David fut un jour affamé, et qu’il envoya ses intendants à un certain homme en quête de nourritude, et qu’ils ne rapportèrent rien. Il vint alors avec ses hommes attaquer cet homme et les habitants de son village ; mais il apperçut la femme de l’homme venir à sa rencontre, lui apportant nourriture et vin, de crainte qu’il ne punisse son mari. Il l’accepta d’elle et fut satisfait ; et sa colère se refroidit et le quitta. Tous ces actes semblables de prophètes ne sont ni réprouvés ni blâmés !

Quant au Prophète […], il ordonna, avec persuasion et dissuasion, d’adorer Dieu, Un, Eternel et Omnipotent, afin que la religion soit Une et l’Être Suptême, Un. Celui qui applique cela obtient les droits et devoirs des Muslims; et celui qui n’y répond point et donne tribute de sa main en humilité épargne son sang par ce tribute et du fait de sa soumission a le droit à la protection.

Ce point constitue un beau sujet de méditation pour les infidèles ; en effet, il abat leur amour-propre et leur orgueil, et appelle les gens parmi eux qui sont d’honneur et d’estime de soi à changer leur état d’humilité, et leur pacte de protection par le tribut, en la gloire de la dignité et de la liberté. S’ils sont opposés à l’hommage et à la soumission, la guerre sera pour eux.

Et Moïse […] fit plus que ça.

Lorsqu’il ordonna aux enfants d’Israël de quitter l’Égypte et de s’en aller, il leur dit que le Dieu Très-Haut avait ordonné à chacun d’emprunter les vêtements de son voisin ou connaissance et les bijoux de leurs femmes et de leurs filles et devait les informer que c’était à l’occasion d’une de leurs fêtes. Le peuple égyptien céda à cela, orna les Israélites de ce qu’ils avaient, et leur prêta ces choses utiles et nécessaires. Les enfants d’Israël comptaient alors environ 600 000 combattants.

Quand ils eurent tout réuni et mis en leur possession, ils voyagèrent toute la nuit et partirent tous ensembles. Et Dieu fendit la mer pour eux, et ils la traversèrent ; Pharaon les rechercha, et ils le redoutèrent, mais Dieu noya Pharaon, et appaisa le cœur des Israélites. Les propriétaires de ces objets empruntés, ainsi que leurs femmes et leurs filles, furent privés de leurs objets prêtés ; et leurs trésors, un griffon les emporta ; Et ils se mordaient les doigts de regret !

Tout ceci n’était pas illegal ou illicite, mais était simplement le droit du butin et des dépouilles ; car le monde appartient au

156 : Dieu Tout Puissant, et son Royaume et ses ornements appartiennent à ceux de ses Serviteurs qu’il emploie ainsi qu’il est dit dans le Livre : « Tu donnes le Royaume à qui il Te sied, et tu le retires de quiconque il Te sied ! »

Et puisque ce qui a été fait par les prophètes ci-dessus mentionnés n’est ni honteux ni peccable, mais est fait sur autorisation tacite et bonne volonté de Dieu, ainsi doit-on également considérer le Jihād contre les polythéistes et les attaques contre les incroyants, l’injonction que Dieu a imposé au Prophète […]. Sans le Jihād, aucune religion ne pouvait subsister, aucune chose inviolable n’aurait pu être assurée, aucun fossé n’aurait pu être comblé et les musulmans devenaient la proie et la possession de leurs ennemis. Les hommes n’auraient guère pu rester dans une religion ainsi établie et seraient passés à quelque chose de plus haut et sûr.

Le Christ […] a interdit la guerre et avertit contre ses causes en disant :

« Quiconque te forcera à marcher une Mille, va avec lui le double ; Quiconque t’enlève ton manteau, donne-lui ton manteau ; Si quelqu’un te frappe sur la joue, présente lui la seconde aussi. »

Par cet ordre, le Christ laissa peu de pouvoir spirituel et temporel à ses disciples, et transféra leur héritage aux membres d’une autre nation qui menait la guerre en Orient et en Occident, l’alluma par lances et épées jusqu’aux pays des Romains, des Francs, des Touraniens qui vivent sous la tente, et des Arméniens. Hors de ces pays, quels sont les chrétiens qui se trouvent dans le pays des Turcs, à l’exception d’une petite et méprisable quantité de Nestoriens dispersés parmi les nations ? Ou qui trouve-t-on chez les Arabes, si ce n’est une poignée de Jacobites et de Melchites ?

Alors nous avons vu que le Christ […] a finalement donné la permission de prendre l’épée ; en abrogeant le premier ordre. Il dit en effet à ses disciples : « Que chacun de vous vende son vêtement et achète son épée pour lui-même ». Et il dit : « Ne pensez pas que je suis venu pour semer la paix sur la terre, mais la guerre ! » Celui qui insulte l’Islam dans ce qui a été considéré comme bon et mis en pratique par les prophètes que nous avons mentionnés, dévie du Chemin de la Justice.[…]