Jean Chardin, Corsaires chrétiens en Méditerranée, 1686 n-è

Il n’y a point de maux imaginables qu’ils ne fassent aux habitans des îles de cette mer, où ils peuvent aborder, quoique ces habitants soient tous chrétiens, et que plusieurs reconnaissent le pape. […] La république[de Venise] s’étant engagée au grand-seigneur, dans le traité de Candie, de chasser de l’Archipel les corsaires chrétiens, et d’en prendre autant qu’il se pourrait ; mais qu’ayant, d’ailleurs reçu plusieurs services de ces corsaires, durant la dernière guerre qu’elle a eue contre le Turc, elle usait de […] ménagement, afin de satisfaire la Porte, sans agir pourtant contre les corsaires. Que dans cette vue les bâtiments maritimes de la république avoient ordre de se faire toujours connaitre dans l’Archipel, afin que les corsaires chrétiens s’éloignassent d’eux, ou ne les approchassent pas de si près, qu’on ne put faire semblant de ne les pas voir.